27 % de chômage dans les quartiers prioritaires

Les quartiers prioritaires n’ont jamais aussi bien porté leur nom. C’est ce que révèlent l’Observatoire national des quartiers de la politique de la ville dans son rapport 2015 et l’Insee, dans une enquête intitulée « pauvreté monétaire et précarité dans les quartiers de la politique de la ville », publiés simultanément début mai. Ramenée à 1300 quartiers (1296) en France métropolitaine au 1er janvier 2015 contre 2500 auparavant, pour concentrer les moyens sur les populations les plus en difficulté, la nouvelle carte de la politique de la ville délimite les contours d’une France marquée par le chômage. En 2014, le taux de chômage dans ces quartiers défavorisés s’élève, en effet, à 26,7% contre à peine 10% dans le reste des agglomérations concernées. Le chômage touche tous les niveaux de qualification : près de 32% pour les résidents qui ont un niveau d’études inférieur au BEP/CAP, près de 19% pour les niveaux Bac +2 et plus (soit trois fois plus que dans les secteurs urbains voisins, à niveau de diplôme équivalent). Par ailleurs, moins de la moitié des habitants des quartiers prioritaires en âge de travailler (15 à 64 ans) sont en emploi contre les deux tiers ailleurs. Si les inactifs représentent 40% de la population en âge de travailler, un quart d’entre eux sont en cours d’études ou de formation. Parmi les actifs en emploi, la majorité des hommes sont ouvriers (51% contre 26% dans les autres quartiers) et les femmes ont, en grande partie, un statut d’employée (59% contre 42% des femmes des autres quartiers). 6% seulement sont cadres, ce qui s’explique d’abord, mais pas seulement, par le niveau de diplôme. Car 53% des titulaires d’un Bac +5 ou plus, 53% ont un emploi de cadre contre 71% dans les territoires voisins. Et un diplômé Bac +5 sur cinq occupe un poste d’employé ou d’ouvrier.

Hormis la déqualification, l’emploi dans les quartiers prioritaires est marqué par la précarité. Si les CDI constituent près des trois quarts des emplois, soit une proportion comparable à celle des autres quartiers, la part des contrats d’intérim ou des CDD est beaucoup plus élevée. Pour les hommes, l’intérim concerne 7% des actifs occupés et les CDD 12%, au lieu de, respectivement, 3% et 7% ailleurs. Le temps partiel est plus fréquent, mais plus de la moitié des actifs à temps partiel souhaitent travailler davantage. Par voie de conséquence, les niveaux de rémunération des résidents des quartiers prioritaires sont donc plus bas. Même pour un temps complet, l’écart de rémunération est inférieur de 20%. La précarité touche tout particulièrement les jeunes de moins de 30 ans: 8% d’entre eux sont en intérim et 26% en CDD (respectivement 4% et 22% hors de ces quartiers). Une partie de ces emplois relèvent néanmoins de contrats aidés, notamment des emplois d’avenir. 15000 entrées en emploi d’avenir ont été enregistrées en 2014 en quartier prioritaire, soit 18,8% de l’ensemble des entrées, le plus souvent dans le secteur non marchand. En revanche, l’alternance est relativement fermée aux jeunes résidant dans les quartiers prioritaires. En 2014, ces derniers représentaient 6% des nouveaux apprentis et 8% seulement des jeunes entrés en contrat de professionnalisation.

Dans les quartiers prioritaires, précarité rime avec pauvreté. Selon l’enquête Insee, 42% des 4,8 millions habitants des quartiers prioritaires sont pauvres (moins de 50% du revenu médian), alors que le taux de pauvreté est de 16% dans le reste de ces territoires urbains. Sur un total de 1,4 millions de foyers recensés, 25% perçoivent des allocations chômage et 36% sont bénéficiaires du RSA.