L’apprentissage reste un bon rempart contre le chômage

Même si la crise est passée par là, les jeunes formés par la voie de l’apprentissage bénéficient d’une meilleure insertion professionnelle et de rémunérations plus élevées que ceux issus d’une scolarité « classique ». C’est la conclusion majeure d’une étude du Centre d’études et de recherches sur les qualifications sur l’insertion des apprentis publiée en mai (*). Le constat n’est pas franchement nouveau mais les observations du Céreq à partir des trajectoires professionnelles des générations 2004 et 2010 sont riches d’enseignement. D’abord, et même si le cap des 500 000 apprentis fixé par les pouvoirs publics depuis une vingtaine d’années n’a jamais été atteint, le nombre d’apprentis a augmenté entre 2004 et 2010. 20% des 700 000 jeunes ayant achevé leur formation initiale en 2010 sont passés par l’apprentissage, ce qui représente 143 000 apprentis contre 110 000 pour la génération 2004. Le développement de l’apprentissage provient surtout des bacheliers et des diplômés de l’enseignement supérieur. « L’apprentissage est aspiré par le haut », constate ainsi le Céreq. Entre la génération 2004 et la génération 2010, le nombre d’apprentis bacheliers a doublé (36 200 au lieu de 17 500), les licences pro sont cinq fois plus nombreuses (10 500 contre 2 700) et il y a près de trois fois plus de diplômés d’écoles de commerce et d’ingénieurs formés par l’apprentissage (6100 au lieu de 2300).

Certes, entre la génération 2004 et la génération 2010, la dégradation de la conjoncture se lit dans l’évolution du taux de chômage: trois ans après leur sortie, 26% des apprentis de niveau CAP-BEP sont au chômage au lieu de 11% pour ceux de la génération 2004 ; il y a deux fois plus de chômeurs chez les bacheliers (11% au lieu de 6%), les bac+2 (10% au lieu de 4%) ou encore les titulaires d’un master pro (7% au lieu de 3%). Mais, à niveau de diplôme équivalent, l’insertion professionnelle des apprentis est bien meilleure. En effet, les « scolaires » comme les appelle le Céreq, c’est-à-dire les jeunes passés par un cursus scolaire classique, sont beaucoup plus touchés par le chômage : 35% de chômeurs pour les CAP-BEP trois ans après leur sortie d’études, 24% pour les bac pro, 16% pour les bac+2 et même 13% pour les master pro. Une situation qu’Alberto Lopez et Emmanuel Sulzer, les auteurs de l’étude, qualifient de « sur-chômage ». En analysant les résultats dans 17 filières où coexistent les deux formes d’enseignement, le Céreq accorde un net avantage à l’apprentissage dans treize filières, avec un taux d’emploi supérieur d’une dizaine de points.

Côté salaires, les apprentis sont également beaucoup mieux lotis. En comparant les salaires médian à trois ans des différentes catégories de diplômés, le Céreq, qui décrit, cette fois, un phénomène de « sur-salaire » a constaté un écart d’environ 100 euros par mois pour les CAP-BEP et les bac pro, de 210 euros pour les bac+2 et les licences pro, de 380 euros pour les diplômés d’écoles de commerce et de 470 euros pour les master pro. Seule exception à la règle, l’écart de salaire n’est que de 30 euros par mois pour les diplômés d’écoles d’ingénieurs. Conclusion générale du Céreq : « l’apprentissage réduit le risque de chômage mais ne constitue pas un rempart contre la dégradation de la conjoncture ».

(*) « insertion des apprentis : un avantage à interroger » Alberto Lopez et Emmanuel Sulzer (Céreq).