Denis Boissard, directeur du fonds A2I : « nous voulons élargir la mission du fonds »

Quelle est l’origine du fonds Agir pour l’insertion dans l’industrie ?
Le fonds a été créé par l’UIMM en décembre 2009 pour remplir deux missions. La première : participer à la lutte contre l’exclusion en aidant les publics les plus éloignés du marché du travail, en particulier les chômeurs de longue durée, les jeunes non qualifiés ou les allocataires de minimas sociaux, à trouver ou retrouver un emploi. Seconde mission : contribuer à résoudre des difficultés de recrutement persistantes dans l’industrie, essentiellement sur les premiers niveaux de qualification. L’industrie embauche, chaque année, environ 200 000 personnes, dont la moitié environ au niveau CAP, BEP ou bac pro. Dans la métallurgie, on peine à trouver des candidats pour des emplois de soudeur, de chaudronnier, d’ajusteur, d’agent de maintenance, de conduite de lignes. Or si les entreprises ne trouvent pas de personnel, elles risquent de perdre des commandes et peuvent être tentées de délocaliser leur activité.

Quel bilan peut-on en tirer en matière d’emploi ?
Sur cette période, le fonds A2i a engagé plus de 21,5 millions d’euros dans 188 actions territoriales, émanant d’associations, d’entreprises ou de chantiers d’insertion, de groupements d’employeurs, de missions locales, de CFAI… Soutenus par les chambres territoriales de la métallurgie, ces différents projets, achevés ou toujours en cours, devraient bénéficier à plus de 22 000 personnes, jeunes et adultes, et près de 14 000 d’entre elles ont d’ores et déjà trouvé un emploi ou intégré une formation qualifiante.

En matière d’insertion, qu’est-ce qui marche le mieux ?
Avec le recul, nous pouvons mesurer ce qui est le plus pertinent dans le domaine de l’insertion. Il s’agit tout d’abord des Geiq industriels, qui sont souvent abrités par les chambres territoriales de la métallurgie. Il n’y en avait que 3 ou 4 en 2009. On en compte aujourd’hui une bonne quinzaine et il y a de nombreux projets en cours. Autre outil efficace, les entreprises d’intérim d’insertion (ETTI) qui font un gros travail d’accompagnement social et d’insertion professionnelle de personnes éloignées de l’emploi en les mettant à la disposition des entreprises. C’est un excellent moyen de tester leur motivation et un bon préalable au recrutement. Autre dispositif pertinent : les écoles de production. Ces entreprises-écoles, qui mettent en œuvre une pédagogie du faire pour apprendre, s’adressent à des publics jeunes, entre 14 et 18 ans, souvent en rupture avec le système scolaire. Les écoles de production, préparent au CAP ou au bac pro, les jeunes pouvant poursuivre leur formation dans les CFA de la métallurgie. Le Conseil d’administration du fonds A2i a décidé de privilégier le soutien à ces trois types de dispositifs.

A2i va donc dorénavant être plus sélectif dans ses interventions ?
Effectivement, le fonds va être plus sélectif dans son soutien à l’insertion, et élargir sa mission à deux autres axes : l’aide au recrutement et les transitions professionnelles. L’insertion demande du temps. Il faut souvent un an ou deux avant de pouvoir mettre en emploi un adulte ou un jeune non qualifié. Or les entreprises industrielles ont besoin de main d’œuvre rapidement. Il faut donc les aider à identifier des chômeurs qualifiés et immédiatement opérationnels. C’est pourquoi nous avons commencé à soutenir des initiatives comme le dispositif Métal Job en Bretagne, fruit d’un partenariat entre l’UIMM Bretagne et Pôle Emploi. Des chargés de mission de la métallurgie et des conseillers référents de la direction régionale de Pôle Emploi vont à la rencontre des entreprises pour analyser finement leurs besoins en termes d’emploi et apporter la meilleure réponse possible en positionnant les candidats potentiels. C’est une expérience concluante qui mérite d’être étendue à d’autres régions, au même titre que le programme Job Évolution en Bourgogne qui participe de la même volonté de rapprocher le plus efficacement possible l’offre et la demande d’emplois.

Vous souhaitez aussi aller sur le terrain des transitions professionnelles ?
En matière de transition professionnelle, l’idée est de faciliter la mobilité, de créer des passerelles, afin de permettre à des salariés licenciés ou dont l’emploi est menacé de retrouver du travail dans d’autres entreprises de la métallurgie ou d’un autre secteur industriel. On peut penser, par exemple, aux salariés de l’industrie automobile dont les compétences sont facilement transférables à l’industrie aéronautique. Mais, pour cela, il faut de l’ingénierie, du conseil et de l’accompagnement. Des plateformes de mobilité interentreprises existent sur certains bassins d’emploi, par exemple en Isère. Nous invitons donc les chambres territoriales de la métallurgie à faire preuve de créativité et d’inventivité dans ce domaine.